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Sa Vie - Sa Carrière Politique

Et maintenant, revenons 150 ans en arrière.

Le 9 janvier 1821, naissait à GHYVELDE, canton d'Hondschoote,

Maintenant qu'il avait charge d'âmes, J.B.TRYSTRAM redoubla d'activité. Sous l'impulsion de ses nouveaux directeurs, l'agence Trystram et Crujeot prit rapidement un développement considérable. A l'assurance militaire s'ajoutèrent les assurances sur la vie, contre la mortalité des bestiaux ...

Il ne s'en tient pas là, tout en courant pour ses assurances, il achète et revend aux gens de la campagne, des pois, les haricots, des lapins, pommes de terre..., et en fait l'exportation en Angleterre, pendant que sa femme très laborieuse et très intelligente, elle aussi, fabrique de la confection. Il avait été remarqué par deux hommes : M. BOULY de LESDAIN, Président du Tribunal civil et M.DEBOES ? Receveur particulier des Finances, qui semblèrent avoir une certaine intuition de l'avenir brillant réservé à leur protégé. Disons cependant que cette protection fut toute platonique et ne se manifesta guère que par une grande bienveillance et des conseils sérieux que J.B. suivit plus d'une fois docilement.

Lorsque la révolution de 1848 éclata, TRYSTRAM, qui n'avait que 27 ans, était déjà parvenu à une situation indépendante et prospère. Et comme il n'avait jamais caché ses idées libérales, il jouissait d'une réelle popularité.

Il se jeta avec ardeur dans la lutte politique, prit la parole dans les réunions, calma l'agitation populaire. Il créa le Comité Electoral Républicain, dont il fut nommé secrétaire et dont M. Benjamin MOREL d'abord, et M. LETENDARD ensuite, furent nommés Président. Le Comité assura l'élection à la députation de MM. Gaspard MALO et André LEMAIRE.

Nommé Conseiller municipal - c'est son premier mandat officiel - TRYSTRAM eut des démêlés avec DELESCLUZE, alors Commissaire de la République dans le Nord, et pour éviter tout éclat, donna sa démission.

Le coup d'Etat de 1851, les massacres, les proscriptions firent peser sur la France ce long silence de près de vingt ans dont elle ne devait se relever que pour assister à l'effondrement impérial, au milieu de la défaite et de l'invasion.

TRYSTRAM se consacra, pendant ce temps, tout entier aux affaires. Il résolut d'acquérir une situation qui lui permettrait de jouer un rôle politique plus tard. Il commença le commerce de bois du Nord et fonda cette maison "Trystram et Crujeot" qui devait devenir la première de France. En 1856, il fondait une scierie mécanique, au KWAKKEL-Kot, route de Petite-Synthe, près la porte de Calais, comme l'indique le prospectus. Il a quitté la rue de Soubise, ayant cédé son agence d'assurances l'Aigle qui devint propriété de la famille VERLEYE, bien connue aussi. Ses nouveaux bureaux étaient installés dans cette maison du 25 de la rue de l'Abreuvoir, où il devait rendre le dernier soupir.

  
Figure: JB.Trystram et L.Crujeot

Il adjoignit bientôt une fabrique de distillerie d'huiles de pétrole. On y traitait des shistes bitumeux en provenance de Riga. Ces shistes étaient transportés en même temps que les bois du Nord. Cette usine brûla une première fois vers 1860, puis en 1887. Une explosion terrible, suivie d'un incendie ravagea et la distillerie et la scierie. Il fallu tout reconstruire. Devant l'ampleur de la tâche, J.B. TRYSTRAM céda le pétrole à la famille LESIEUR. A cette époque, le commerce du pétrole lampant périclitait, concurrencé par le gaz et l'électricité et on ne parlait guère d'automobiles. Il garda la scierie que dirigeait Jean TRYSTRAM.

Entre temps, il fit aussi le commerce des fers et des fontes avec l'Écosse et l'Angleterre mais il renonça à ce trafic lorsque les fers français et belges, inondant le marché provoquèrent une grande baisse. Toute cette activité venait apporter un aliment de plus au trafic du port de Dunkerque. J.B.TRYSTRAM put alors se rendre compte de l'insuffisance des moyens portuaires et cela orientera toute son action dans les différents mandats qui lui seront confiés.

Trouvant son instruction insuffisante, il arriva à résoudre un des plus difficiles problèmes pour un homme occupé toute la journée par les affaires. Il se mit à étudiergifcomme un simple écolier, prenant sur ses heures de repos le temps indispensable au travail intellectuel. Il lut, commenta et étudia les auteurs grecs, latins et français, et grâce à son cerveau en pleine maturité grâce à sa volonté de s'élever, il se forma l'esprit pour les luttes politiques qu'il allait affronter. Disons, en passant, qu'il possédait une bibliothèque immense, et de premier choix, dont certains de ses héritiers sont fiers actuellement. Pendant ce temps, le petit commis de 1843 était devenu un gros industriel et un riche commerçant millionnaire.

Se rendant compte que le port de Dunkerque n'arriverait à acquérir la prospérité que si sa cause était défendue auprès des Pouvoirs Publics, par un homme politique convaincu, connaissant à fond la question, il se décida enfin à jouer ce rôle.

C'est dans ces dispositions d'esprit qu'il accepta d'occuper un siège à la Chambre de Commerce le 20 novembre 1869 et qu'il vint y siéger pour la première fois le 13 Janvier 1870.

Ses sentiments n'avaient pas changé. Il était toujours le républicain de 1848, fils du douanier, qui n'a pas oublié ses humbles origines, et qui a conservé au coeur un amour profond pour ce peuple d'où il est sorti. Aussi accepta t-il cette mission difficile et délicate de SOUS-PREFET, au moment où la France envahie, agonisante avait besoin de l'ardent patriotisme de ses enfants pour la défendre. Un décret du Ministre de l'Intérieur, M. GAMBETTA, nomma, le 7 septembre, le Dr TESTELIN, Préfet du Nord, à la place de M. MASSON, et J.B. TRYSTRAM, Sous-Préfet de Dunkerque. Comme sous-préfet, il rendit des services immenses et déploya une activité fébrile. C'est à lui que Rosendaël doit d'avoir gardé ses arbres et ses jardins -disparus, hélas, depuis 1930 en même temps que le square Jacobsen- Monsieur le Baron de Mazug, alors commandant de place avait donné ordre de couper tous les arbres de la localité se trouvant dans la zone militaire. Le sous-préfet voulut s'interposer, il fit remarquer qu'il serait toujours temps d'en venir à cette extrémité fâcheuse le jour où besoin sera. Mais il fut repoussé avec tous les honneurs dus à son rang. J.B. TRYSTRAM qui était doué d'une ténacité proverbiale ne fit ni une ni deux. Il alla à Lille chez le commissaire général, lui expliqua le cas et fit si bien qu'il s'en retourna le même soir, avec l'ordre de suspendre les démolitions autour de Dunkerque.

Puis il s'employa à rassurer l'opinion publique alarmée par les bruits vagues et les mauvaises nouvelles comme la capitulation de Strasbourg. Il collabora à l'équipement des batteries d'artillerie, à l'achat de chevaux dans les campagnes. Il contribua de ses deniers à la défense de la place en soutenant les vues du Capitaine PYOTTE qui voulait faire construire une redoute à l'Ouest de Dunkerque.

Lorsqu'un armistice fut convenu avec BISMARCK, et le siège de Paris levé, le sous-préfet contribua à améliorer le ravitaillement de la capitale. Il fit collecter des denrées et les fit transporter par mer jusqu'à Dieppe en mettant à la disposition des Expéditeurs tous les navires à voiles et à vapeur disponibles. Puis la France vaincue déposa les armes. J.B. TRYSTRAM considéra que sa tache était terminée, et le 1er avril 1871, il se démit de ses fonctions de sous-préfet.

Je voudrais vous dire quelques mots encore d'un aspect assez amusant du passage de J.B. TRYSTRAM à la sous-préfecture. Il faut bien reconnaître que cette place de sous-préfet n'était en somme que la première marche d'une carrière politique dont le véritable objet était la députation. De ce fait, en 7 mois, Dunkerque vit la sous- préfecture changer 5 fois de titulaire.

Dès le 22 septembre, 15 jours après sa nomination, J.B. TRYSTRAM envoyait sa démission pour pouvoir se présenter à la députation. Il était remplacé par M. HERBART, Dunkerquois très connu à l'époque. Mais l'avance rapide de l'ennemi obligea le gouvernement provisoire à reporter les élections. Dès le 24 septembre, M. BERBART démissionnait et rendait le poste à J.B. TRYSTRAM à nouveau nommé. Le 2 octobre, la comédie -excusez-moi cette expression- recommençait. Le préfet fixant les élections au 16 octobre, nouvelle démission de JB.TRYSTRAM nouvelle nomination de HERBART. Mais déjà la France est envahie jusqu'à la Loire, les élections sont ajournées par décret du gouvernement. M.HERBART se retire à nouveau et à nouveau J.B. TRYSTRAM retrouve son fauteuil.

Au début de février, la question des élections se posa de nouveau, MM. LEBLEU et TRYSTRAM se présentèrent sur une liste de candidats qui se réclamaient de la République. Dans leur profession de foi, ils déclaraient : "A toutes les époques et chez toutes les nations, ce ne sont pas les peuples mais les rois qui ont décrété la guerre, il faut fonder la République, une république sage, honnête qui éloigne à tout jamais les dangers de la guerre qu'une monarchie quelconque nous ramènera toujours fatalement". C'était une prise de position très nette, trop nette. L'élection se fit au scrutin de liste pour les 21représentants du département. Mais en 1871, le pays n'était pas mûr pour la République. L'électeur porta surtout son choix sur des députés de l'ancien Corps législatif comme Denis de Staplande, député de Bergues. L'échec de la liste républicaine entraîna celui de Ezéchiel LEBLEU et de J.B. TRYSTRAM.

Dès lors, il mit toute son activité au service de la Chambre de Commerce et du Port de Dunkerque. Pour ne pas disperser votre attention, je traiterai cette question globalement après en avoir terminé avec la carrière politique.

La deuxième étape de celle-ci fut le Conseil Général du Nord où il entra en février 1871, et y resta jusqu'en 1905.

Vous devinez facilement quelle y fut son activité. Voici ce qu'en disait en 1911, M. VANCAUWENBERGHE, son président : "Un grand port doit être l'aboutissant nécessaire d'une puissante région productrice et cette idée J.B. TRYSTRAM la défendit constamment sous toutes ses formes, dans toutes les occasions. Toutes ses interventions au Conseil Général en sont la preuve : ses rapports y insistent avec une singulière énergie et si vous interrogiez quelque ancien de ses collègues en évoquant devant lui de bons et vieux souvenirs, il vous dirait "TRYSTRAM, c'était le port de Dunkerque..." Dévoilant une nouvelle facette de la sollicitude de J.B.TRYSTRAM pour les humbles, M. VANCAUWENBERGHE déclarait également:

"puis-je oublier encore, pour ce qui me concerne, que c'est à lui que je dois l'idée première d'avoir édifié dans le Nord le sanatorium maritime qui devait desservir notre grand département, en conservant chez nous un organisme qu'il ne voulait pas laisser transférer, comme il en était question sur les plages du Pas-de-Calais: Je me permets de vous rappeler que M. VANCAUWENBERGHE fait allusion au Sanatorium maritime de Saint- Pol-sur-Mer, fondé en 1888 et transféré en 1911 à Zuydcoote, lors des agrandissements du port vers l'Ouest.

Nous abordons maintenant la période parlementaire de J.B. TRYSTRAM.

L'Assemblée nationale s'était séparée le 31 décembre 1875 après avoir voté la célèbre "CONSTITUTION de 1875" - les élections de février-mars 1876 furent une victoire républicaine et J.B. TRYSTRAM fut le député de Dunkerque le 20 février 1876. Il fut élu par 5.874 voix contre M. Oupuy de Lôme qu'il battit avec plus de 2.000 voix d'avance. Mais le régime parlementaire se trouvait faussé par le conflit latent qui existait entre la majorité de la Chambre et le Président de la République MAC MAHON. Ce conflit aboutit à une véritable crise constitutionnelle connue sous le nom de "crise du seize mai (1877)". J.B. TRYSTRAM fut l'un de ceux qui votèrent contre le ministère de Broglie, l'ordre du jour des 363. - Le Gouvernement obtint du Sénat la dissolution de la Chambre.

De nouvelles élections eurent lieu. Le 14 octobre 1877 TRYSTRAM était battu par le candidat officiel, Frédéric d'Arras qui obtenait 5.971 voix. Mais la nouvelle Chambre était républicaine et invalida cette élection. Cette fois TRYSTRAM triompha et fut élu député en totalisant 5.495 suffrages. La République avait traversé une crise, marqué un temps d'arrêt qui pouvait être un recul. TRYSTRAM subit la même épreuve, mais, comme elle, il sortit victorieux de la lutte. Il resta député, réélu sans conteste en 1881, mais le scrutin de liste l'éloigna de la Chambre en Octobre 1885. Eloignement de quelques mois car un siège étant devenu vacant, il fut élu triomphalement en 1886 par tout le département, par 148.986 voix, juste revanche du sentiment républicain. TRYSTRAM, dont l'élection retentit sur la France comme un coup de clairon, rentra à la Chambre. Au milieu des acclamations de toutes les gauches, M. de FREYCINET -nom devenu aussi dunkerquois que celui de TRYSTRAM- M. de FREYCINET se leva du banc des ministres et courut l'embrasser.

Mais bientôt la République est à nouveau menacée ; c'est la coalition boulangiste et TRYSTRAM est de nouveau écarté de la scène politique en 1889. Il est remplacé par un partisan du Général BOULANGER, nommé LALOU.

Une seconde fois le département le vengea de son échec et l'envoya siéger au Sénat (un siège sénatorial supplémentaire avait été accorder au département du Nord après la mort d'un inamovible : l'amiral Peyron). TRYSTRAM fut réélu régulièrement. Seule la maladie lui fit quitter son siège près de vingt ans après, jamais ses adversaires n'eurent raison de lui ...

C'est en février 1905 que J.B. TRYSTRAM quitta définitivement la vie publique. Il se retira alors dans sa maison du 25 de la rue de l'Abreuvoir, bien connue des anciens élèves de l'école J.B. TRYSTRAM car cette maison était devenue, par la suite, la maison du Directeur. Une plaque apposée au-dessus de la porte d'entrée, le rappelait en ces termes.

" Dans cette maison est mort J.B. TRYSTRAM - 1821-1906"

Il y vivait en compagnie de sa fille car son épouse était décédée à Paris en 1896.

Pour clore ce chapitre politique, il me reste à donner quelques précisions sur la tendance politique de J.B. TRYSTRAM. Voici, à ce sujet, quelques lignes extraites d'un article paru dans le numéro 185, de 1a Revue du Nord "... Radical, il fut fondateur du groupe sénatorial de la Gauche démocratique en 1891-1892. Ce groupe désirait le vote de toutes les réformes urgentes. la séparation de l'Eglise et de l'Etat, les retraites ouvrières, l'arrêt des expéditions coloniales. J.B. TRYSTRAM s'appuyait, pour défendre ses idées, sur son journal: le Phare du Nord.

Nous allons maintenant voir comment, grâce à J.B. TRYSTRAM "le petit port de pêche d'autrefois est devenu le troisième port de France, étendant ses relations commerciales sur le monde entier" comme le disait M. GUILLAIN en 1906.


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David Trystram
Wed Sep 18 22:48:46 GMT+0100 1996